Le principal attrait de ce pays est assurément les vestiges de la civilisation khmère. A partir du IXe siècle, l’empire khmer commence à s’étendre au-delà des frontières du Cambodge actuel. À son apogée, du XIe siècle au début du XIIIe, il englobe de vastes territoires aujourd’hui thaïlandais, dont, au nord-est, la vallée de la Mun et les provinces de Nakhon Ratchasima, Buri Ram, Surin et Ubon Ratchathani. Dans cette seule vallée, on estime que les Khmers ont construit plus de 300 temples, dont Phimai, qui était relié à Angkor, au sud, par une « voie royale » longue de 225 kilomètres. Aujourd’hui, les Prasat Hin Phimai, Prasat Hin Mueang Tam, Prasat Kamphaeng Yai et Preah Vihear - uniquement accessible depuis la Thaïlande, bien qu’appartenant techniquement au Cambodge - figurent parmi les plus beaux sanctuaires khmers au pays.
Prasat Hin Phanom Rung
situé dans la la province de Buri Ram. Érigé entre le Xe et la fin du XIIe siècle, c’est le plus grand et le mieux préservé des temples khmers en sol thaïlandais. au sommet d’un petit volcan éteint,s’étale le sanctuaire sur fond de montagnes, frontière naturelle avec le Cambodge. Il nous faut d’abord franchir une longue voie de latérite, puis une enfilade d’escaliers, de terrasses, de ponts de pierre, ornés de têtes de nagas, créatures mythiques en forme de serpent, avant que l’ensemble de grès dédié à Shiva apparaisse enfin. D’antichambres en pavillons, s’étalent des frises et des colonnettes, des frontons et des linteaux où les divinités enchevêtrées ont été sculptées avec une précision ébouriffante. Angkor Wat est le plus élaboré des monuments khmers, de ce côté-ci de la frontière, Phanom Rung donne, à plus petite échelle, un aperçu du génie des artisans de l’époque.
Dans les parages de Surin, capitale de la province du même nom, se trouve Ban Than Sawang, un hameau tout entier voué au tissage de la soie. En fait, cette région est pionnière en la matière au pays. une maison en bois, ouverte aux quatre vents, abrite des métiers à tisser d’un autre âge qui nécessitent chacun quatre ouvrières, dont une carrément installée par terre, sous l’impressionnante mécanique. Chaque métier permet de créer de riches soieries aux motifs d’une grande complexité à raison de six centimètres par jour !
Ces pièces uniques sont dédiées à une clientèle aisée... « La famille royale et les dignitaires étrangers de passage ». Des petits magasins vendent néanmoins de belles étoffes de soie destinées aux simples visiteurs. L’occasion est belle de flâner dans le hameau et d’examiner de plus près les paires d’autels bouddhiques, débordants d’offrandes, érigés devant chaque maisonnée : l’un est destiné aux ancêtres et le plus haut, aux esprits des lieux auxquels on demande chaque jour protection.
Le bain de Babar
La ville de Surin est réputée pour son festival annuel de l’éléphant, qui célèbre l’animal emblématique du pays, protégé des braconniers depuis 50 ans. Rapatriés des quatre coins du royaume, où ils « travaillent » à amuser les touristes dans différents parcs, les pachydermes participent à des défilés et autres démonstrations d’adresse. « Le festival se déroule le troisième week-end de novembre et c’est spectaculaire. En prenant un train en soirée à partir de Bangkok, on débarque au petit matin dans une ville dont les rues sont complètement envahies par les éléphants ! Elephant Village, situé à Ban Ta Klang, dont certains des animaux participant au festival sont dressées et se donnent en spectacle. il dessinent avec leur trompe, projetent des ballons de foot, lancent des dards...Le spectacle véritable est ailleurs dans les rivière des parages ; tous les jours, à 15 h, les mahouts emmènent les Babar s’y baigner. Les regarder s’éclabousser les uns les autres et se faire récurer par leurs maîtres est autrement plaisant que de les voir monter sur un tabouret pour quelques bananes...
La province d’Ubon Ratchathani
est un damier de champs de tapioca et de rizières peuplées de buffles d’eau. Ici, on vit en autarcie. On vend les surplus de fruits et légumes au marché ou on les troque contre ce que produisent les voisins. La rizière est un véritable garde-manger ; outre le riz, elle procure du poisson, des verdures...
Le Tohsang Khongjiam Resort apparaît comme un mirage au bout d’un chemin de terre. Il est magnifique, tout comme son emplacement, en bordure du Mékong, une frontière naturelle avec le Laos.
Une croisière sur le grand fleuve et son affluent, la rivière Mun, fait découvrir les villages de pêcheurs riverains. Dans le parc national Pha Taem, on peut admirer, sur les parois d’une falaise, des pétroglyphes datant de 3000 ans qui renseignent sur la vie de l’époque ;la pêche au poisson-chat géant dont on se régale aujourd’hui dans les restaurants sans prétention installés au bord de l’eau. Et voilà qu’en contemplant le Mékong, je me prends à rêver au Laos. La frontière de Chong Mek est toute proche et on dispense le visa d’entrée sur place. Il est facile d’atteindre Paksé, puis Vientiane, Luang Prabang... Une suite logique à l’exploration de l’Isan.